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Photos prises avec le Sony DSC-V1 et le canon 20D

08 novembre 2006

Frissons garantis

Quelques clichés pris lors des fêtes d'Halloween à Europapark.

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26 octobre 2006

Pourquoi faut-il commémorer l’anniversaire de la révolte des banlieues ?

Je ne suis d'aucun parti, mais ce texte de Noêl Mamère mérite d'être relayé.

Il y aura tout juste un an le 27 octobre, la mort dans un transformateur de 2 jeunes de Clichy - sous - Bois, Zyed et Bouna, allumait l’étincelle qui allait mettre le feu aux banlieues. Avec son sens accompli de la provocation verbale et de la mise en scène médiatique, en traitant les jeunes de racaille après leur avoir promis la kärcherisation, le ministre de l’Intérieur exacerbait l’affrontement entre une partie de la population et les institutions.

 

Ces émeutes sont inédites en France pour trois raisons :
-  Pour la première fois, leur généralisation s’est étendue à l’ensemble des territoires urbains. Même dans des villes moyennes, des voitures ont été incendiées. Ce phénomène de mimétisme est politique à part entière. Le sentiment d’exclusion d’une partie de la jeunesse est vécu, au delà des cités dites sensibles, comme l’appartenance à une classe de parias ;
-  Un peu comme en 1995, les salariés du privé avaient délégué leur droit de grève aux salariés du public contre la réforme Juppé, une partie significative de la population regardait avec empathie la révolte des banlieues, considérée comme un soulèvement contre les discriminations et la misère de la vie quotidienne ;
-  Enfin, le caractère politique de ce soulèvement saute aux yeux. Le ras-le-bol des contrôles de police à répétition, des discriminations sociales, ethniques, territoriales, de la stigmatisation et de la relégation revêt une visibilité qui interpelle toute la société française. La réponse de l’Etat fût en elle - même une confirmation. L’état d’urgence qui datait de la guerre d’Algérie était plus qu’un rappel de l’imaginaire de cette époque. La fracture coloniale entre les « indigènes » et la République est un aspect majeur de la crise de la société française d’aujourd’hui.

Le bilan que l’on peut tirer un an après doit tenir compte du caractère fondateur de la crise de 2005 :
-  La crise de représentation n’est en aucun cas résolue. Le Collectif « AC ! le feu » a recueilli des cahiers regroupant 20000 doléances tirées d’une tournée dans 120 villes de France. Force est de constater à la lumière de ce document exemplaire que les demandes de prise de parole, de prises en considération, de prises de responsabilité, sont plus que jamais à l’ordre du jour. Aucune force politique n’en a tenu compte, notamment dans la désignation de ses candidats aux législatives. Cette crise s’exprimera à coup sûr au moment des municipales, peut-être par l’organisation de listes issues de la révolte des cités ?
-  La précarité est toujours le lot quotidien de la jeunesse des banlieues. Les efforts méritoires de Jean Louis Borloo sont dérisoires et ce n’est pas l’organisation d’un service civique obligatoire, voulu par l’UMP comme par le PS, qui résoudra cette question. Il faut maintenant qu’un quota d’embauche soit fixé aux grandes entreprises concernant l’origine territoriale des demandeurs d’emploi, qu’un effort significatif soit assuré pour le développement d’entreprises sociales et solidaires dans ces quartiers, que le service public investisse massivement les cités populaires, que les crédits et les subventions aux associations soient à la hauteur des exigences sociales qu’elles couvrent, bref que la priorité de l’effort soit dégagée à tous les niveaux
-  Les discriminations sont toujours au cœur du non dit de la politique française. Le dernier épisode en date est le scandaleux passage à la trappe du CV anonyme, pourtant voté par le Parlement. La France continue à se draper dans son universalisme républicain estimant que toute visibilité des discriminés équivaut à la reconnaissance des communautarismes. C’est le contraire qui est vrai. L’indifférence face aux discriminations nourrit la montée des intégrismes et suscite le repli sur soi. Le refus du multiculturalisme assumé de la société française renforce ceux pour qui le citoyen ne peut être que musulman, juif, homosexuel ou blanc de souche. La présence d’un animateur noir sur TF1 n’est que le roseau qui cache la forêt des discriminations dans le domaine du travail, du logement, des loisirs et du rapport aux institutions. Les notions de respect et de dignité, essentielles pour les populations qui se sentent abandonnées, sont bafouées quotidiennement par la police qui intervient comme un corps de détachement armé. La police de proximité avait certes des défauts mais elle était en contact avec les habitants des cités dîtes sensibles. Un an après, l’envoi des troupes de Sarkozy accompagnées des caméras, comme aux Tarterets ou aux Mureaux, sont en train de donner raison à ceux qui souhaitent casser définitivement les ponts entre les autorités, quelles qu’elles soient, et la jeunesse des banlieues, par la pratique d’actes de violences irréparables.

Toutes ces raisons font que l’anniversaire de la révolte sociale, urbaine et politique des banlieues de 2005 doit être l’occasion d’une mobilisation et d’une réflexion de la société française sur les causes des violences urbaines. Le premier Mai, fête du travail est issu de l’assassinat d’ouvriers de Chicago en lutte pour l’instauration de la journée de huit heures. Le mouvement ouvrier en fit dès 1890 son jour anniversaire, fêté mondialement... La Gay-Pride est la commémoration de la violence homophobe aux Etats - Unis dans les années 70. La banlieue, le lieu du ban, où le seigneur avait le droit d’ordonner, de juger, d’interdire et surtout de faire payer une redevance, s’est transformée en espace de ségrégation. Elle s’est révoltée contre l’apartheid urbain et social dont elle refuse d’être la victime consentante. La jeunesse des banlieues est devenue un sujet social et politique à part entière qui souhaite être reconnu comme tel. Je serai avec elle et avec l’ensemble des habitants, des militants associatifs, des élus locaux, à l’image de mon ami Claude Dilain, le maire de Clichy qui souhaite faire du 27 octobre un hommage à ceux qui désirent transformer nos cités en territoires solidaires. Soyons fiers de nos banlieues !

Noël Mamère

Paris le 23 octobre 2006


Source : Site de Noel Mamère

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25 octobre 2006

5 jours


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" La révolte d’une jeunesse populaire contre l’avenir qui lui est réservé"

Sociologue, professeur à l’université de Nantes, Stéphane Beaud juge contre-productive la réponse policière au « problème des banlieues », qu’il estime « avant tout économique et social ».

                                         

Vous récusiez, avec Michel Pialoux, dans un texte rédigé en novembre dernier, la distinction entre les jeunes réputés « irrécupérables » et les « vrais jeunes », qui n’auraient rien eu à voir avec les émeutes. Pourquoi ?

Stéphane Beaud. Les circonstances ne permettaient pas alors la conduite d’une enquête de terrain. Nous nous étions donc livrés au difficile exercice d’un raisonnement à chaud, à partir de nos enquêtes antérieures et des comptes rendus des premières comparutions. Ceux-ci révélaient que les jeunes impliqués de près ou de loin dans ces émeutes n’appartenaient pas du tout à la jeunesse la plus déscolarisée et la plus proche de la délinquance. Se retrouvaient, dans ces moments d’effervescence collective, des jeunes déscolarisés mais aussi des intérimaires, des précaires, des apprentis, des lycéens, voire des étudiants en BTS ou en premier cycle universitaire. Notre intervention, à ce moment-là, était une façon de récuser cette stigmatisation a priori des jeunes des cités. Nous voulions démontrer que le public dont il était question était plus composite sociologiquement, avec des parcours scolaires plus diversifiés que ne le laissaient entendre les discours sur des jeunes sans foi ni loi, sur « la racaille », comme disait Sarkozy. Au travers de ces événements, et sous cette forme émeutière, c’est aussi une jeunesse populaire qui s’est révoltée contre l’avenir qui lui est réservé.

Cette diversité sociologique était-elle présente dans les phénomènes d’émeute que vous aviez étudiés auparavant ?

Stéphane Beaud. Cette diversité était moindre. Faute d’enquête approfondie pour l’instant, il faut rester prudent. Mais j’ai l’impression que des formes de solidarisation sont intervenues, débordant la seule fraction « non diplômée » de la jeunesse des cités.

Pourquoi un tel manque de données sociologiques précises un an après ces émeutes ?

Stéphane Beaud. L’événement s’y prête peu. Les jeunes qui ont participé aux émeutes étaient cagoulés, cachés. Quand ils n’étaient pas pris par la police, ils n’allaient évidemment pas se manifester. Les familles, tout leur environnement taisent aussi l’événement. La seule source directe, partiellement disponible, la plus sûre, est celle des près de 4 000 comparutions immédiates en justice. Le juge pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenzweig, avait assez vite établi des statistiques montrant que ces jeunes n’étaient pas tous, loin de là, connus des services de police. Nombre d’entre eux, en revanche, avaient déjà fait l’objet d’un signalement par l’aide sociale à l’enfance. Ceux-là sont issus de familles en situation de précarité.

Dès 2003, toujours avec Michel Pialoux, vous analysiez l’impossible accès des jeunes issus de l’immigration à l’emploi stable comme une « bombe à retardement »...

Stéphane Beaud. Deux questions décisives se posent. Celle de la discrimination, du sentiment de discrimination, et celle du rapport entre jeunes et policiers.

L’impossibilité de décrocher un emploi stable se conjugue au sentiment d’avoir beaucoup plus d’obstacles à franchir que les autres, d’être en permanence obligés de faire leurs preuves. La discrimination en tant que telle est très difficile à prouver. Mais en écoutant ces jeunes, on voit bien que cette question affleure en permanence. Ils ont le sentiment de ne pas être jugés à armes égales avec les autres. D’où leur souci d’envoyer des CV sans photo ou même de masquer leur patronyme. Depuis quelques années, cette discrimination semble peser davantage sur les diplômés que sur les non-diplômés. Cela pose question sur le sens à donner à la poursuite d’études, avec des effets retour très lourds sur le travail scolaire des plus jeunes. Les enseignants en ZEP en témoignent : ils ont beaucoup plus de difficultés à faire travailler des enfants qui intègrent très tôt ce sentiment de l’inanité du travail scolaire, parce que les diplômes de leurs aînés ne débouchent pas sur du travail valorisé.

Que pensez vous des discours sur l’échec des ZEP, ou encore sur la nécessité d’assouplir, voire de supprimer la carte scolaire ?

Stéphane Beaud. Si le bilan des ZEP n’est pas reluisant, c’est parce qu’il aurait fallu faire beaucoup plus. L’échec scolaire, que l’on peut mesurer dès le CP, demeure massif, très clivé socialement. Tout simplement parce que la dégradation des conditions de vie, d’existence des classes populaires rend de plus en plus difficile le soutien scolaire au sein des familles. Le risque est évidemment que certains s’appuient sur ce bilan contrasté des ZEP pour juger que ces dispositifs ne servent à rien. Quant à la carte scolaire, elle n’est pas une solution miracle, mais la supprimer aggraverait considérablement les choses. Il faut l’améliorer, éviter qu’elle ne soit détournée comme elle l’est aujourd’hui, pour permettre que perdure une certaine mixité sociale.

Pourquoi l’expérience sociale des garçons des cités est-elle si différente de celle des filles ?

Stéphane Beaud. Garçons et filles sont élevés très différemment et cela change tout, avec en particulier la production d’effets très importants sur la scolarité. Chez les enfants de Maghrébins, la meilleure réussite scolaire des filles, même si certaines échouent, n’est pas un mythe. Cela renvoie à des formes d’intériorisation de leur rôle : elles sont à la fois au four et au moulin, comprennent très tôt le sens du travail, à la maison comme à l’école. Jeunes adolescentes, elles ont très peu le droit de sortir, en tout cas moins que les garçons, donc elles s’investissent dans l’école, voire s’y réfugient. Elles perçoivent très vite le travail scolaire comme un moyen de sortir de leur condition. Ce phénomène concerne d’ailleurs toutes les filles de milieux populaires, pas seulement les filles d’immigrés.

Quant aux garçons, la vie de cité est finalement très contraignante. Le groupe des pairs pèse énormément sur l’individu. Et pour réussir à l’école sans être considéré comme un « bouffon » ni être perçu comme un traître, il faut beaucoup de force.

Un an après cette crise des banlieues, peu de choses ont changé. Les « préjugés de caste et de classe » dont vous avez parlé bloquent-ils une possible réponse politique ?

Stéphane Beaud. Ces événements, malgré tout, ont provoqué un choc. Je n’ai pas de suspicion a priori sur les discours des politiques, qui se sont dits interpellés. Ce qui est frappant en revanche, c’est que l’on n’a pas le sentiment, en effet, que les choses aient grandement changé. D’abord parce que, sur le plan économique et social, malgré la baisse officielle du taux de chômage, chômage de masse et précarité restent la réalité centrale, en tout cas pour les non-diplômés. D’autre part, ces émeutes ont conduit à l’investissement des cités par la police. Un investissement qui se fait non seulement dans un ordre dispersé, mais surtout à contre-courant de tout ce que l’on sait sur les rapports entre les jeunes et la police. La présence des CRS, les interventions plus que musclées de la BAC, la multiplication des contrôles d’identité nourrissent chez les jeunes un sentiment croissant d’exaspération. La plupart de ces jeunes des cités vivent dehors, occupent leur temps comme ils le peuvent faute de travail. Comme en milieu rural, le problème, c’est l’ennui, le sentiment de se heurter à des murs, de se cogner à un avenir qui n’en est pas un. Dès lors, cette façon d’être déconsidéré, parfois humilié, par les forces de l’ordre multiplie la probabilité d’avènement de la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Tout le monde le savait plus ou moins consciemment, mais il est clair, désormais, que la réponse policière au problème des banlieues, qui est avant tout économique et social, est non seulement inappropriée mais aussi tout à fait contre-productive.

Existe-t-il un lien entre les émeutes de novembre dernier et le mouvement anti-CPE ?

Stéphane Beaud. Je ne crois pas à la grande opposition entre ces deux séquences. L’une des caractéristiques de la jeunesse étudiante d’aujourd’hui est l’interpénétration des classes populaires et des classes moyennes. Parce qu’une partie croissante de la jeunesse des classes populaires accède à l’enseignement supérieur, à l’université mais aussi aux classes préparatoires ou aux IUT et BTS.

Dans le mouvement contre le CPE s’est exprimé un désir de solidarisation entre des jeunes de différents milieux sociaux. Il faut cesser de mettre l’accent sur les quelques casseurs qui ont perturbé les manifestations. Les enfants des classes moyennes et ceux des classes populaires se rejoignent sur cette question de l’emploi, sur le sentiment d’appartenir à une génération qui prend des coups de tous les côtés.

Vous dites des jeunes des cités qu’ils sont « en manque d’héritage social ». Qu’entendez-vous par là ?

Stéphane Beaud. Ils sont en manque d’héritage social et politique. Notre travail, avec Michel Pialoux, a consisté, à rebours du seul prisme de l’ethnicisation du monde social, à montrer que ces enfants d’immigrés sont certes héritiers d’une histoire familiale, parfois post-coloniale, mais qu’ils sont, surtout, les héritiers d’une histoire sociale et ouvrière qu’on a tendance à oublier. Très longtemps, on a appelé les immigrés des « travailleurs immigrés ». Autrefois, les parents transmettaient des valeurs ouvrières : l’effort, le travail, la fierté de gagner son pain à la sueur de son front. C’est-à-dire tout ce qui faisait l’honneur social de l’ouvrier. Aujourd’hui, cette perte d’héritage social vaut pour l’ensemble des classes populaires. Avec le chômage massif, la précarité croissante, les parents n’ont plus grand-chose à transmettre en termes de savoir-faire professionnel, de compétence. Mais aussi de militantisme politique. Les enfants de la Marche pour l’égalité, en 1983, étaient des héritiers directs de la mobilisation politique des parents, qui n’ont pas seulement été des travailleurs immigrés exploités. Certains étaient aussi des ouvriers conscients, dont certains ont appartenu au FLN en France, ou ont rejoint la CGT.

Vous évoquez la marche de 1983. Les jeunes qui avaient alors participé à cette marche se réclamaient d’un modèle républicain qui semble aujourd’hui faire l’objet du plus grand scepticisme dans la - génération - actuelle...

Stéphane Beaud. En 1983, en effet, le modèle républicain n’est pas en cause en tant que tel. La gauche vient d’arriver au pouvoir, il y a de l’espoir collectif, le mur de Berlin n’est pas tombé. Les enfants d’immigrés qui participent à la marche sont de gauche et le disent. Pour cette génération, l’appartenance à la gauche est quasi naturelle. Ce mouvement exprimait aussi un engagement antiraciste fort, dans un contexte où les meurtres racistes étaient fréquents. Aujourd’hui, ce modèle républicain est atteint. Les jeunes voient une devise inscrite au fronton de toutes les mairies. Mais, dans les faits, ils ne voient pas l’égalité et trop rarement la fraternité. Ce sentiment d’un fossé entre les valeurs et le réel est redoublé par cette fixation sur la nationalité. Ils ont le sentiment que cette carte d’identité française, qui a été parfois tant désirée, ne change rien à leur condition.

Pourquoi la gauche n’a-t-elle pas su s’ouvrir à ces - populations ?

Stéphane Beaud. Au PCF comme au PS, il y a eu une espèce de peur, le sentiment que ces enfants d’immigrés étaient différents, mais aussi une méconnaissance, voire une crispation à leur égard qui renvoient peut-être aux trajectoires sociales de ces militants de gauche qui n’ont pas su voir dans ces enfants d’immigrés une véritable relève militante. Le livre d’Olivier Masclet, la Gauche et les Cités. Un rendez-vous manqué, est décisif : il décrit parfaitement les mécanismes de cet échec à l’échelle de la politique locale. Les municipalités de gauche de la banlieue ouvrière n’ont pas su, par exemple, intégrer ces jeunes dans les collectivités territoriales, notamment dans les emplois peu qualifiés. Or les choses ne se jouent pas seulement à Sciences Po ou à l’ENA. Elles se jouent aussi au niveau de ces petites mobilités sociales.

On a parlé d’inscription sur les listes - électorales. Un mouvement de politisation peut-il s’amorcer chez ces jeunes des classes - populaires ?

Stéphane Beaud. J’ai le sentiment d’un frémissement, mais cela reste très fragile. Certains de ces jeunes sont très éloignés de la politique telle qu’elle se pratique aujourd’hui. On est, pour l’instant, dans une politisation réactive, contre Sarkozy et la politique quincarne. Mais du « tout sauf Sarko » à la construction d’un vote, il n’y a rien de mécanique.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui


Article paru dans l'édition du 24 octobre 2006 de l'Humanité.

Source : le web de l'Huma

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23 octobre 2006

France et pays nordiques : écoutons les différences!

 

Par Alain Lefebvre, Expert en relations du travail. Vit à Stockholm. Dernier ouvrage paru : «Faut-il brûler le modèle social français ?», aux éditions du Seuil.

Les ministres français sont énarques, médecins, avocats, parfois enseignants… Les gouvernements nordiques comprennent un nombre surprenant d'ouvriers, de peintres en bâtiment, d'employés de bureau, d'infirmières, de travailleurs sociaux…



Lorsque l'on observe de Stockholm la politique française, le plus frappant n'est pas la différence de culture entre politiciens nordiques et politiciens français. Encore qu'elle existe : les nôtres ont fait l'ENA et pas les nordiques. Pour prendre l'exemple des ministres, les français sont énarques, médecins, avocats, parfois enseignants, c'est-à-dire qu'ils viennent des catégories supérieures, au moins par l'éducation. Les gouvernements nordiques comprennent un nombre surprenant, pour nous, de gens normaux, d'ouvriers, de peintres en bâtiment, d'employés de bureau, d'infirmières, de travailleurs sociaux, qui pour la plupart ont fait leurs classes dans les écoles des syndicats ou sur le terrain. Pourtant, au final, le résultat n'est pas trop mauvais : la croissance « exceptionnelle » obtenue par nos inspecteurs des finances français, à 2,5 % en 2006, est bien loin des 4 à 5 % qui sont le lot des dirigeants nordiques. Un peu curieux, quand même.

Autre différence notable : le vocabulaire. Certes, on dort à peu près autant pendant les débats nordiques (entre nous, surtout en Suède) que pendant les débats politiques français. C'était d'ailleurs un des reproches faits à Göran Persson, social démocrate de gauche qui a perdu les élections face à M. Reinfeldt, social démocrate de droite, beaucoup plus jeune et, il faut le dire, moins grognon. Pourtant, Göran était meilleur pour haranguer les foules (je le sais, j'y étais) que dans les débats. Mais il y a une différence avec nos politiciens : faute de l'éducation idoine, les politiciens nordiques sont compréhensibles. Ils parlent comme tout le monde, et à part une partie des immigrés, tout le monde peut les comprendre. Il faut dire qu'ils parlent beaucoup de vie quotidienne, et peu des grandes affaires du monde : lors de la récente élection en Suède, personne n'a réellement parlé d'Europe, d'alignement ou non sur les USA ou de modèle social européen, ni même de force tranquille, d´ordre juste, de fracture sociale ou de rupture, mais beaucoup du temps qu'il faut pour avoir un rendez-vous chez certains spécialistes, ou des salaires insuffisants, ou du fait que beaucoup de suédois ne sont pas chômeurs, mais ne sont pas au travail pour autant, et que c'est autant de pauvres. Ce serait un bon sujet en France, d'ailleurs, on en reparlera.

Les suédois sont aussi assez surpris de voir autant de femmes qui vont participer chez nous à la présidentielle, et peut-être même la gagner : Ségolène Royal, Marie-Georges Buffet, Michèle Alliot-Marie et j'en passe, voilà qui fascine des suédois féministes, mais peu enclins pour le moment à confier les clés du pouvoir suprême aux femmes, ni d'ailleurs la direction des entreprises. Cela explique un intérêt soutenu des médias pour Ségolène Royal, qui de plus semble s'intéresser aux pays nordiques. Il est vrai qu'ils ont l'habitude d'être parfois traités par nos dirigeants avec la condescendance due aux « petits pays », et donc l'attitude de la précandidate socialiste les change. Cela étant, il y a plusieurs années que les finlandais ont une présidente, et notre situation ne présente pas pour eux le même attrait. Quand elle a été élue, une amie finlandaise m'a dit : « Ahtisaari (le président précédent, un homme), sera le dernier homme président en Finlande, parce que les femmes ont plus les pieds sur terre et sont meilleures en communication ». Je n'y crois pas, mes copains finlandais vont reprendre le pouvoir, mais je passe le message, au cas où.

Non, la plus grosse différence est que les candidats français ont la peur au ventre : ils se comportent comme si la moindre déclaration, la plus petite opinion, risquait de les mettre en danger. Je sais, pour en avoir côtoyé certains et non des moindres, qu'ils ont des idées originales, des choses à dire, des propositions audacieuses, dont les français sont finalement privés. Il est vrai que la presse attend que Nicolas Sarkozy dérape ou que Ségolène Royal fasse la proposition de trop, parce que c´est plus marrant. D´accord, j´aime aussi rire, mais regardez où cela nous a conduit aux dernières élections, avec Jean-Marie. Plus sérieusement, le résultat est que nous les poussons à se contrôler, à éviter tout ce qui serait une révolution, une rupture, et à embaucher comme Nicolas Sarkozy deux co-rédacteurs de discours, l'un gaulliste social et spécialiste de fractures sociales, l´autre libérale pur sucre, histoire d´éviter l´originalité qui tue. Ceux qui se plaignent du discours parfois prudent et donc peu enthousiasmant de nos politiciens d´élite seront les premiers à se jeter sur le candidat qui aura « dérapé », c´est à dire qui aura fait preuve de courage et donné son opinion. Alors, je vais faire quelques propositions nordiques pour les encourager, en me limitant aux deux candidats de renouvellement, Ségolène et Nicolas, car ils nous sont devenus assez familiers, finalement :

Pour Nicolas, sur l´immigration, le discours qui a fait le succès du premier ministre danois: annoncer que l´on va remettre tous les étrangers au travail avant d´en accepter d´autres, pour cela les obliger à faire un stage d´un an en entreprise ou en collectivité locale pour conserver leur RMI (certes de 60 à 100 % de plus qu´en France) avec cours de français sur le lieu de travail, organiser des foires à l´emploi réservées aux immigrés au chômage où des employeurs publics et privés viennent proposer des postes vacants, créer des aides spéciales et des réseaux de soutien pour les chefs d´entreprise ethniques (curieusement, on a montré que les PME créées par les danois ethniques sont plus solides, se développent plus vite et exportent beaucoup plus que celles créées par les danois d´origine)…

Pour Ségolène, sur la décentralisation, encore une recette d´inspiration danoise qui a fait réélire un gouvernement : en finir avec l´enchevêtrement de compétences, donner aux communes les compétences sociales, l´éducation, la protection de l´environnement et la santé primaire, avec un financement local et une péréquation pour assurer l´égalité, revoir la taille des communes pour qu´elles fassent au moins 30 000 habitants (soit un bassin d´emploi ou un « pays » en France), supprimer les départements, donner aux régions la compétence sanitaire, supprimer les services déconcentrés sociaux et sanitaires, décentraliser aux partenaires sociaux au plan régional et local la politique de l´emploi avec des crédits du niveau national, donner un pouvoir d´investigation sans limite aux citoyens et aux médias sur toutes les dépenses et activités publiques, renforcer les pouvoirs et surtout les moyens des chambres régionales des comptes en supprimant le contrôle à priori de la dépense….

Malheureusement, on n´est pas près de voir cela se produire, n´est-ce pas ? Et pourtant, les français préfèrent aujourd´hui le discours de changement de nos deux trublions Nicolas et Ségolène (qui a dit Pimprenelle ?) à celui de leurs rassurants collègues de l´ancienne école. Cela donne à penser, et de nombreux observateurs considèrent que si Al Gore s´était lâché sur l´environnement ou John Kerry sur l´Irak, le monde serait différent, sans Georges Bush… Il ne faut pas partir la peur au ventre, mes amis.

Je promets d´être plus sérieux la prochaine fois …


Lundi 23 Octobre 2006

Alain Lefebvre

Source : Marianne2007.info

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20 octobre 2006

Le hold-up du siècle

Plus profond que celui de la Sécurité sociale, plus béant que celui des retraites : le trou dans la poche des salariés.

150 milliards d'euros, 1 000 milliards de francs. C'est un pic, c'est un mont, c'est une péninsule. Mais rien à voir avec le nez de Cyrano. De quoi s'agit-il ? Du montant d'un cambriolage économique qui recommence à l'identique tous les ans.
Explication de ce brigandage national et discret : la richesse produite chaque année par l'ensemble des entreprises (valeur ajoutée) est essentiellement répartie en salaires (revenus du travail) et en profits (revenus du capital, argent et machines). Avec les impôts sur la production, l'ensemble forme le produit intérieur brut (PIB).
Entre 1981 et 1995, la part des salaires s'est effondrée, passant de 71,8 à 60,3% ; dans le même temps, celle des profits bondissait de 28,2 à 39,3% 1. Le rapport de force entre travail et capital a basculé. Aux luttes sociales intenses des années 1970, ont succédé les politiques économiques libérales, la financiarisation de l'économie, la suprématie des actionnaires, les gains de productivité non compensés par des hausses de salaires. Et le chômage. Jacky Fayolle directeur de l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires), explique au Plan B : « Dans les années 1980, les politiques de désinflation ont tout misé sur le chômage pour faire ralentir les salaires. Le chômage devenant massif et persistant, il induisait une perte structurelle du rapport de force sur le marché du travail au détriment des salariés. » En 1980, quand une entreprise versait 100 euros bruts à un salarié, elle servait 9 euros de dividendes à ses actionnaires. Aujourd'hui, c'est 26 euros.
Arnaud Lagardère, Serge Dassault, Martin Bouygues et Claude Perdriel se frottent les mains. Jacky Fayolle éclaire le motif de leur extase : « En dix ans, du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, ce sont donc 10 points de PIB qui ne sont plus allés aux salaires dans cette valeur ajoutée, mais aux profits. [...] Le PIB de la France s'élève à environ 1 500 milliards d'euros : 100 à 150 milliards d'euros ont donc ripé des revenus du travail vers les revenus du capital. »
Un transfert colossal puisque ces 100 à 150 milliards d'euros ponctionnés chaque année représentent dix fois le trou de la Sécurité sociale (11 milliards d'euros) ; neuf fois le déficit de l'assurance-chômage (14 milliards) ; trois fois celui des retraites (43 milliards).
N'imaginez surtout pas qu'il suffirait pour résoudre les problèmes de rétablir l'équilibre capital/travail ou – pis ! – de supprimer les revenus du capital en nationalisant les moyens de production. Vous chagrineriez l'historien madeliniste Jacques Marseille pour qui ce genre de raisonnement traduit « les ravages de l'ultrapopulisme » (Le Point, 20.4.06). Certes, concède-t-il entre deux émissions destinées à brader les stocks d'invendus de son dernier opuscule, « à la fin de la brillante “saison” 2005, les entreprises du CAC 40 ont bien enregistré 84,3 milliards d'euros de profit, contre 66,2 milliards en 2004. »

Dictature marseillaise
Mais attention : « Il est malsain de flatter à l'excès les rancœurs d'un peuple, prévient Marseille. Des enragés de 1793 aux babouvistes de 1796, des contempteurs des 200 familles dans les années 1930 à ceux du CAC 40 aujourd'hui, aucun n'a jamais fait avancer les choses. Ce n'est pas, en fait, la dictature ultralibérale qui menace notre république, mais la vague plus sournoise de l'ultrapopulisme qui, en alimentant la haine des Français contre le “mur d'argent”, conforte les extrémismes de l'ultradroite comme ceux de l'ultragauche, et mine finalement les bases fragiles de notre démocratie » (Le Point, 20.4.06). Pour protéger ce joyau, Jacques Marseille déborde « d'idées saines » : la France « a besoin d'un homme fort, autoritaire, populaire qui prenne des décisions et qui remette sans cesse son destin entre les mains du peuple » (Le Nouvel Économiste, 6.4.06).
Un Duce marseillais, en somme.

Notes :
1 Cité par Thomas Piketty, L'économie des inégalités, Paris, La Découverte, 2001, p. 40.

Source : Le Plan B n°2 (mai - juin 2006)

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17 octobre 2006

Cioran

Quelques extraits :

Regardant l'oreiller de mon lit. Quel meilleur appui pour la tête d'un mort.



Le contact d'un sous homme a toujours quelque chose de fécond. Quelle meilleure occasion d'entrevoir l'avenir de l'homme lui-même.


2 décembre - Dans le métro hier soir. Effroi insoutenable devant ces squelettes recouverts de chair.



L'hypertrophie ou plutôt le vice de la lucidité détruit tous nos actes futurs.


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Contre les naufrageurs du vin

Ils veulent transformer nos vins en une boisson industrielle et
standardisée !
Ils veulent faire des vignobles et des vignerons européens un "modèle" de
productivisme !

Les villages, les terroirs, les paysages, l'histoire, la culture, les
femmes et les hommes des vignobles, les savoirs accumulés, le petit vin
populaire savoureux, le beau Cinsault du Minervois, le taquin Fié gris de
Touraine ou de Saint Bris, le viril Chenin sec, le séduisant Grenache de
la vallée du Rhône, le distingué Pinot noir de Bourgogne, le confidentiel
Len de l'el de Gaillac, les milles et un cépages de France, les cinq
milles variétés du monde, toute cette richesse devrait disparaître pour
faire place à l'uniformité et à la reproductibilité  ?

Contre les naufrageurs du vin, la Confédération paysanne lance un appel
citoyen.

Pour en savoir plus et signer la pétition, rendez-vous sur le site de la
campagne :

Contre les naufrageurs du vin

Faites passer à vos amis !

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16 octobre 2006

Carré

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SUZILENE, 18 ANS, EXPULSEE PAR CHARTER SECRET

Suzilène, lycéenne Capverdienne de 18 ans et demi, élève du LP Valmy à Colombes (92) a été expulsée hier, 12 octobre, au bout de douze jours de rétention.

Dans cette affaire, le ministère de l’Intérieur a donné toute sa mesure. D’abord en arrachant à sa mère et à son petit frère une toute jeune majeure et en l’exilant dans un pays où elle n’a plus d’autre attache que sa grand-mère de 83 ans.

Ensuite en maniant l’insinuation et la calomnie comme le font systématiquement, dès qu’il y a mobilisation  le cabinet du ministre et les préfets sous l’égide de Monsieur Sarkozy. Suzilène a, en effet, été présentée comme une « délinquante », ce qu’elle n’est pas, ses enseignants et ses camarades en témoignent. Ce dont on l’accuse est du domaine de l’intime et ne mérite certainement pas le bannissement ni n’autorise les préfets, et les bien pensant qui entourent le ministre, à faire les poubelles, à porter atteinte à la vie privée d’une gamine de 18 ans et à colporter des ragots.

De la même façon, sous la houlette de M. Sarkozy, la police prend des habitudes de police secrète : les retenus disparaissent, ignorant le lieu où ils sont conduits, celui où ils se trouvent. Au contraire, de fausses informations destinées à égarer ceux qui les soutiennent leur sont communiquées. C’est ainsi qu’il a été dit à Suzilène qui l’a répété au téléphone à l’un de ses enseignants, qu’elle atterrirait à Lisbonne à 18h20 : c’était orienter délibérément sur une fausse piste les élèves et les professeurs désireux de la soutenir. De fait, plusieurs dizaines d’entre eux, des syndicalistes d’Air France, le sénateur Jean Desessard se sont retrouvés à Orly-Ouest pour manifester pendant deux heures et interpeller les passagers du vol de 17h10 à destination de Lisbonne. Suzilène n’était pas à bord mais son expulsion ne s’est pas faite sans tapage.

 En fait, selon les policiers présents à Orly, elle aurait été expulsée à 14h30 sur un avion militaire, en compagnie d’autres expulsés. Un charter secret !

Enfin, alors même que Suzilène est au Cap-Vert d’où elle a téléphoné à sa mère, le ministère de l’Intérieur continue de mentir en faisant répondre par ses employés (certains de bonne foi) à ceux qui l’interpellent que la décision d’expulsion n’a pas encore été prise et que des réunions se tiennent à ce sujet.

Cela étant, il n’est pas dit, loin de là, que le ministre de la Chasse à l’enfant ait gagné la partie. Le lycée Valmy reste plus que jamais en grève. Une réunion intersyndicale est prévue le 13 dans l’après-midi pour mettre en place l’extension de la mobilisation. Il est, en effet, inenvisageable que des élèves soient expulsés. M. Sarkozy vient de montrer qu’il ne recule devant rien pour braconner quelques voix à l’extrême-droite. La seule protection qui vaille maintenant pour les élèves et les parents menacés est leur régularisation immédiate et sans condition. N’en déplaise au gouvernement !

Communiqué du Réseau Education Sans Frontières

Posté par basilou à 11:10 - Rien ne va plus - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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