15 novembre 2006
Une commission parlementaire américaine : 237 mensonges officiels
Le 16 mars 2004, un
rapport de la Chambre des représentants préparé par le démocrate Henry
Waxman dresse l’inventaire des exagérations, approximations et
mensonges dont l’administration Bush s’est rendue coupable afin de
favoriser l’invasion de l’Irak. A l’époque, M. Colin Powell était
secrétaire d’Etat. La conseillère pour la sécurité nationale
Condoleezza Rice lui succède en janvier 2005. Nombre de déclarations trompeuses [misleading statements] : « Notre banque de données a recensé 237
déclarations trompeuses faites par le président Bush, le vice-président
Cheney, le secrétaire [à la défense] Rumsfeld, le secrétaire [d’Etat]
Powell, la conseillère pour la sécurité Rice. Ces déclarations ont été
faites au cours de 40 discours, 26 conférences de presse,
53 entretiens, 4 déclarations écrites, et 2 dépositions devant le
Congrès. La plupart des déclarations étaient trompeuses parce qu’elles
exprimaient une certitude là où il n’en existait aucune, ou omettaient
de mentionner les doutes des services de renseignement. Mais 10 de ces
déclarations étaient purement et simplement fausses. » Calendrier de ces déclarations : « Les premières ont été faites au moins un an avant le déclenchement des hostilités en Irak [mars 2003],
quand le vice-président Cheney a déclaré, le 17 mars 2002 : “Nous
savons qu’ils ont des armes chimiques et bactériologiques.” Les
déclarations trompeuses de l’administration ont continué jusqu’au 22
janvier 2004, quand le vice-président Cheney a insisté : “Les preuves
sont écrasantes d’un lien entre Al-Qaida et le gouvernement irakien.”
La plupart de ces déclarations – 161 – ont précédé la guerre. Mais 76
d’entre elles furent faites par les 5 responsables précités après le
déclenchement de la guerre afin de justifier la décision prise. La période de trente jours durant
laquelle le plus grand nombre de déclarations trompeuses ont été
prononcées se situe avant le vote du Congrès, les 10 et 11 octobre
2002, autorisant le recours à la force. Entre le 8 septembre et le 8
octobre 2002, les 5 officiels firent 64 déclarations trompeuses lors de
16 apparitions publiques. Pendant les deux mois précédant le début de
la guerre, entre le 19 janvier et le 19 mars 2003, les 5 fficiels
firent 48 déclarations trompeuses au cours de 26 apparitions
publiques. » Thèmes de ces déclarations : « Les 237 déclarations trompeuses
peuvent être divisées en 4 groupes. Les 5 dirigeants ont fait 11
déclarations prétendant que l’Irak représentait une menace à traiter
d’urgence ; 81 exagéraient ses capacités nucléaires ; 84 surévaluaient
son arsenal chimique et biologique ; et 61 caractérisaient de façon
inexacte [misrepresented] ses liens avec Al-Qaida. » Le président Bush : « Entre le 12 septembre 2002 et le 17
juillet 2003, le président Bush a fait 55 déclarations trompeuses
relatives à la menace représentée par l’Irak au cours de 27 apparitions
publiques distinctes. Le 7 octobre 2002, trois jours avant le vote du
Congrès sur la résolution relative à la guerre en Irak, le président
Bush a prononcé un discours à Cincinnati (Ohio), comprenant
11 déclarations trompeuses, le total le plus important des 5 dirigeants
en un seul discours. » La conseillère Condoleezza Rice : « Entre le 8 septembre 2002 et le 28
septembre 2003, la conseillère pour la sécurité nationale a fait 29
déclarations trompeuses relatives à la menace représentée par l’Irak au
cours de 16 apparitions publiques. Bien que Mme Rice ait fait le moins
d’apparitions publiques et ait prononcé le moins de déclarations
trompeuses, c’est elle qui a fait le plus de déclarations mensongères –
8. » Quelques propos cités dans le rapport : M. Cheney, 17 mars 2002 : « Nous savons que les Irakiens disposent d’armes biologiques et chimiques. (...) Et nous avons des raisons de penser qu’ils cherchent à acquérir des armes nucléaires. » (Maison Blanche, conférence de presse du vice-président Cheney et du prince héritier de Bahreïn.) M. Rumsfeld, 14 novembre 2002 : « Maintenant, projetez-vous dans un an,
une semaine ou un mois, et imaginez que Saddam Hussein prenne ses armes
de destruction massive et les transmette à Al-Qaida et que, d’une
manière ou d’une autre, Al-Qaida lance une attaque contre les
Etats-Unis ou contre des forces américaines stationnées à l’étranger.
Alors, on ne parlerait plus de 300 morts, ou même de 3 000 morts, mais
de 30 000 ou de 100 000. » (Entretien en direct avec Infinity CBS Radio.) M. Bush, 28 janvier 2003 : « Les informations venues de nos
services de renseignement, les communications secrètes et les
déclarations faites par des personnes en détention révèlent que Saddam
Hussein aide et protège les terroristes, y compris ceux d’Al-Qaida. En
secret et sans laisser ses empreintes digitales, il pourrait fournir
une de ses armes cachées aux terroristes, ou leur permettre de produire
les leurs. » (Discours sur l’état de l’Union.) Source : Le monde diplomatique
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